Choisir ses batailles

 

Partir à pleurer après un appel avec un client ? Oui, ça, c’est moi. C’est moi qui dois toujours avoir raison, qui prends très mal la contradiction et l’incompétence des gens. C’est moi qui n’assume pas les injustices et qui suis incapable de fermer sa bouche et continuer sa petite vie sans faire trop de remous.

Avoir une opinion et tenir tête aux gens ne m’a pas beaucoup servi dans ma carrière. En revanche, cela m’a grandement aidé à sortir du Québec, faire ma vie aux États-Unis, avoir ce que je veux, la plupart du temps, trouvé mon mari même. Cependant, côté carrière, cela m’a même nui plus que d’autres choses. Ça me n’aide probablement pas d’être dans un domaine très traditionnel et hiérarchique. Je me souviens avoir entendu très tôt dans ma carrière « Choisis tes batailles ». C’est facile à dire, mais pour moi, toutes les batailles sont bonnes à mener - à la sueur de mon front, avec du sans pis toute pis toute.

Quand je pense à la suite, à ce que je pourrais faire de ma vie et carrière, cette pensée revient souvent: travailler de 8 à 5 pour répondre à un boss qui aura fort probablement des opinions différentes des miennes, où je devrai toujours taire cette petite voix en dedans de moi, non merci. Mais la vie c’est ça, c’est rempli de personnes différentes avec des opinions et des parcours différents. 

Alors comment on change ça, ce caractère-là, à 31 ans ? Comment on réussi à ne pas trop s’investir émotionnellement dans sa job, à juste prendre ce qui passe et tourner la page une fois rendue à la maison le soir et les weekends ? Commencer le yoga ? Faire plus d’exercices ? SE parler beaucoup ? Malheureusement, dans mon cas, ces trucs n’ont pas aidé.

En lisant sur le sujet des forces et faiblesses il y a quelques années, j’ai compris que ça prend considérablement plus d’énergie essayer de changer ses faiblesses que ça en prend de focaliser sur ces forces. Un peu comme ramer à contre-courant. Il n’est donc pas surprenant que je sois toujours fatiguée. Être politiquement correcte, posée, détaillée, minutieuse et emphatique, au travail, c’est extrêmement forçant pour moi. 

Mais, d’une manière ou d’une autre, il y aura toujours des gens bêtes ou simplement des gens avec des opinions différentes des miennes. Je dois m’en détacher. Pour l’instant, j’en ai pas la patience ou l’énergie, c’est probablement pour cette raison que je m’isole, en essayant de travailler à distance, en minimisant les interactions avec mes collègues en travaillant de la maison, en travaillant au’à temps partiel, etc.

Solution temporaire, bien entendu. Il faudra cependant déterminer, à moyen terme, où cela me mènera, et dans quel contexte de travail je serai en mesure d’exploiter mes forces, plutôt que de devoir toujours les enfouir très loin et de constamment travailler sur mes faiblesses.