Juin - le départ

 
 Mixed Feelings - BIen illustré par cette photo - Ma vue ces 5 derniers mois, mais aussi ma vue de l'âge de 8 à 16 ans. Je me tanne pas!

Mixed Feelings - BIen illustré par cette photo - Ma vue ces 5 derniers mois, mais aussi ma vue de l'âge de 8 à 16 ans. Je me tanne pas!

Cela fait bien longtemps que je n’ai pas écrit. Manque de temps, peut-être, mais surtout, une pression de partager des nouvelles grandioses qui ne sont pas arrivées.

Je m’explique.

J’ai commencé ce blogue pour inspirer les gens qui comme moi, se sentaient pris, surtout dans leur travail, mais aussi dans leur vie personnelle. Au fil des semaines, j’étais motivée à en apprendre plus sur ma condition et en faire profiter les gens. En même temps, j’ai voulu inspirer les gens à vivre avec moins, à ne pas avoir peur d’entreprendre de grands projets, à se sentir libéré des obligations financières et matérielles de la vie, afin de vivre de belles et grandes aventures. Pour me sentir libre, j’ai dû apprendre à vivre au jour le jour, sans vraiment savoir ce qui m’arriverait, sans avoir un plan quinquennal tout organisé de mes prochaines années. Et je m’y suis plu. Je me souviens de conversation avec mon mari où on se trouvait pas mal drôle de vivre de cette façon, de notre nonchalance et notre capacité à ne pas trop s’entretuer même si on n’avait pas de plan, et pas d’emploi.

Soudainement, la vie s’est mise à débouler — de façon positive je l’avoue —, mais quand même à débouler. Tout à coup, on se retrouvait avec un emploi trouvé (pour mon mari), un appartement de loué, une voiture d’achetée et les déménageurs avisés. Rapidement, cette nonchalance et “vivre au jour le jour” que j’avais appris à cultivé et à aimer ces derniers mois s’est transformée en grande certitude de ma vie pour les 1-5 prochaines années. En parallèle, j’ai recommencé mon ancien emploi à temps très partiel, auquel je me suis commis pour aider jusqu’au mois de novembre, à distance. Donc bref, mettez tout ça ensemble et vous comprendrez que c’est comme si je recommençais la vie que je voulais tellement quitter au mois de décembre. Bref, un sentiment d’échec. Le sentiment est encore plus fort lorsqu’on passe les cinq derniers mois à raconter sa vie sur un blogue. Un peu de pression et des sentiments très partagés sur la situation.

Étant la fille positive que je suis, il m’a donc fallu quelques semaines (le mois de mai) pour essayer de rationaliser et de comprendre ma situation. Voici donc mes constatations, à la va-comme-je-te-pousse:

1. Même dans ma nonchalance envers l’argent, j’ai tout de même toujours un besoin de faire de l’argent. Je me suis donc trop embarqué dans des projets payants, mais non gratifiants. À l’avenir, je dois être prudente. Rendue à destination, je vais devoir prendre une “vraie” pause ce qui sera plus facile étant donné que mon mari aura cette fois-ci un emploi. La comptable en moi aura toujours besoin d’une sécurité financière il faut croire

2. Ces derniers mois m’auront appris quelque chose sur moi : je ne peux pas avoir de patron et je ne peux pas travailler avec d’autres personnes, du moins pour le moment. Je dois mener mes projets en solo — si j’ai des projets —, car seule l’idée de devoir rendre des comptes me donne envie de tout quitter. J’ai donc décidé mon prochain projet : élever et dresser un chiot. Je vais prendre ce projet au sérieux et je vais m’y dévouer pour les prochains mois et la beauté de la chose c’est que je n’aurai aucun compte à rendre à personne, sauf peut-être mon mari ;)

3. Une raison qui explique ma mauvaise humeur des dernières semaines, depuis que j’ai appris que je repartais, est le sentiment de ne pas avoir de contrôle sur la situation. Partir la première fois, en 2011, a été 1000 fois plus facile que partir aujourd’hui, car j’étais convaincue que je reviendrais au Québec dans moins de deux ans ET parce que je n’avais aucune idée à quel point j’allais m’ennuyer de ma famille une fois là-bas. Cette fois-ci, je sais ce qui m’attend et je ne peux rien y changer — qui prend mari prend pays comme je le dis souvent. Et c’est frustrant de ne pas pouvoir avoir ceux qu’on aime à la même place.

4. Une chose sur laquelle je veux et je dois insister c’est qu’il n’est pas trop tard. Ce n’est pas parce que 5 mois viennent de se passer et que j’ai mal orienté ma réflexion, ne me donnant pas assez de temps et de liberté, que je n’ai pas le droit de continuer ma quête vers une meilleure vie, continuer ma pause, ne pas retourner dans un emploi 9 à 5. J’ai le souvenir de récit d’aventures de gens qui comme moi avaient pris une pause et sont retournés exactement dans la même position quelques mois plus tard, faute d’avoir trouvé quelque chose de mieux. Changer de vie prend du temps. Dans mon cas, je vais continuer à chercher aussi longtemps que nécessaire. Le fait de travailler en marge en même temps fait que le processus est plus long, mais définitivement, le processus en vaut la peine.

5. Je me questionne sur l’avenir de ce blogue. Écrire me fait toujours autant de bien, mais l’hiver est plus que terminé maintenant, surtout que je quitte pour un endroit où les hivers sont absents (tant mieux!). Si jamais vous me lisez et que vous avez des suggestions de ce que vous aimeriez lire sur ce blogue, faites-moi savoir par courriel (sophielangis@gmail.com)

Le grand départ est prévu pour le 8 juin. Nous traverserons l’Amérique, de la côte Est à la côte Ouest pendant 7 ou 8 jours, avec un nouveau chiot, nommé Max (référence à Mad Max — un de nos films préférés) et une nouvelle auto nommée Jeanne (en référence à ma grand-mère qui a les cheveux blancs comme mon auto blanche). On aime se compliquer la vie il faut croire. En attendant, je continue à me pratiquer à vivre au jour le jour et à profiter de tous les petits moments qui me manqueront terriblement une fois rendue à destination.