La glorification du mot occupé

 

Pour la première fois depuis des semaines, hier, je n’avais rien à faire : aucun déplacement à Montréal, pas de rendez-vous, rien à l’agenda, rien ! Après avoir passé 16 heures de mon weekend à enseigner et un autre 4 heures à voyager Drummondville-Montréal, cette journée m’a fait un grand bien. 

N’avoir rien à faire, ce n’est pas nécessairement passer la journée sur le divan, à regarder la télévision. C’est plutôt avoir toute la satisfaction de faire ce qu’on veut, quand on veut. Au contraire, j’ai fait beaucoup de choses hier; du ménage, préparer nos valises, du lavage, des commissions, etc. Mais ce qui faisait le plus grand bien c’est que toutes ses choses étaient dictées que par ma volonté, plutôt que d’être dépendante de la volonté des autres.

Ces temps-ci, c’est rendu que je redoute mon calendrier. Chaque matin, je le regarde en espérant qu’il est vide, et j’anticipe toutes obligations à rendre des comptes. Il faut dire que mon « break » dans le sens où j’étais supposée déménagée au Québec pour « rien faire » pendant quelque temps a été de courte durée. Rapidement, une tonne de choses ce sont ajoutées à mon agenda et étant incapable de dire non, sentant avoir besoin des quelques $ supplémentaires, me disant qu’une grande opportunité pourrait ressortir de tous ces rendez-vous, déplacements, rencontres, etc. : j’ai dit oui. Je ne regrette rien. J’ai aimé être occupée et effectivement, de belles choses me sont arrivées depuis quelques semaines, et aussi, être occupé m’a fait beaucoup de bien à l’esprit. Cependant, je réalise que je n’aime pas être surchargée. 

Ceci est un gros contraste avec ma vie ces 5 dernières années. En vivant dans un pays étranger, avec un réseau d’amis et de contacts très restreint, les opportunités pour faire « quelque chose » sont quand même assez dispersées. Surtout lorsqu’on vit en banlieue de Los Angeles, se rendre à la plage pour y rencontrer un groupe d’amis, par exemple, peut prendre jusqu’à 2 heures de route, en situation de trafic. Ce qui fait qu’au bout du compte, on dit oui une fois sur deux. Bref, tout cela pour dire que ces cinq dernières années, mon horaire a été chargé que par mon emploi. Donc un élément à contrôler, versus des demandes qui viennent de partout. Disons donc que je ne suis plus habituée d’être autant sollicitée.

Je me souviens dans mon ancienne vie à Montréal, et mes pratiques sur les réseaux sociaux de ces années-là, j’aimais bien ça dire que j’étais occupée ! À coup de « busybee », « Work Work Work », « ouf quelle semaine ! », je sentais le besoin de montrer aux gens que j’avais une vie occupée. Mon moi à bien changé avec les années. Je me souviendrai toujours avoir lu la citation « Stop the glorification of busy » sur Pinterest il y a environ 4 ans. Ce jour-là, j’ai compris. J’ai compris que c’était ok de ne pas être occupée tout le temps. Que c’était ok de préférer le calme au chaos ! Et certainement que le calme était préférable au chaos, si j’avais à choisir. Un poids s’est donc enlevé de mes épaules et j’ai fait un effort conscient de ne plus jamais (ou presque) vouloir montrer aux gens que j’étais « une femme occupée ». 

Dans une société où on récompense les gens au nombre d’heures changeables, à l’heure d’entrée et de sortie du bureau, à l’overtime, au bonus de rendement en fin d’année, il est normal pour la plupart des gens de voir d’un bon œil les gens qui sont occupés. En plus de notre 9 à 5, il faut maintenant s’entraîner, s’occuper des enfants, voyager, faire du bénévolat, bien manger, etc. Bien sûr, certains n’ont juste pas le choix d’être occupées, considérant leur emploi, et le contexte situationnel.  On pense aussi aux nouvelles mamans ! Mais j’ai toujours beaucoup d’admiration pour ceux qui travaillent fort, sans le mettre dans la face de leurs réseaux sociaux, à longueur de journée. J’ai surtout de l’admiration pour ceux qui valorisent l’équilibre.

Cette semaine, pendant quelques secondes, je me suis arrêtée pour me dire : « J’ai hâte de redéménager aux États-Unis, je vais enfin pouvoir me reposer. » Cette idée m’a fait peur. J’essaie tellement fort de vivre dans le présent et de profiter de mon temps ici, avoir hâte de déménager pour relaxer est clairement un signe qu’il faut reviser mes priorités. Aussi, avec ma nouvelle mentalité de minimalisme ces temps-ci, je sens que je dois appliquer la même logique à mon calendrier: “Less is more.”  Les choses devront donc changer.

Je vais donc faire un effort conscient dans les prochaines semaines pour diminuer le rythme. Le tout débutant avec une « vacance » de mes vacances, à Las Vegas et Los Angeles, à partir de mercredi qui me fera déconnecter. À mon retour, je vais retravailler mon calendrier pour m’assurer de ne pas surcharger mes journées, et surtout apprendre à dire non. Ce sera une bonne pratique et un grand défi.

Et vous ? Que faites-vous pour ne pas succomber à la « glorification d’être occupé » ? Qu’avez-vous inclus dans vos habitudes de vie pour diminuer le rythme, ou au moins garder un équilibre ?