Les idées noires

 

Je croyais bien que le jour où je commencerais ma pause, les idées noires, la démotivation, le sentiment de dépression, disparaîtraient automatiquement. Et bien j’avais tort, on ne se débarrasse pas d’un burn-out aussi facilement.

Car oui, il faut mettre des mots, et les vrais mots, sur des états d’âme, même si l’expression burn-out est loin d’être une façon glorieuse de se qualifier.

Le jour où j’ai compris qu’il me fallait prendre un break, je marchais de Time Square à Port Authority pour aller prendre l’autobus qui m’amènerait au New Jersey, chez mon client. Je n’aime pas l’autobus, je n’aimais pas ce client. Je me suis prise à penser « comment pourrais-je faire pour me faire mal, ici, dans se tunnel, pas trop mal, mais juste assez pour que ça me permette de rester à la maison en congé prolongé ». Réaliser que mes pensées étaient rendues aussi dépressives, j’en ai conclu qu’il était plus que temps de régler le problème, plutôt que de simplement le subir. 

J’ai l’impression que les diagnostics de burn-out viennent plus facilement au Québec qu’aux États-Unis. C’est une question de compagnie d’assurances, de loi, etc. qui fait que là-bas, ça te prend un dossier épais comme une brique pour même y penser. En visitant mon docteur là-bas, elle m’a demandé si ma dépression était situationnelle — c’est-à-dire : si je change ma situation, vais-je aller mieux. Certaine que ma job me crée tous ces problèmes intérieurs, je lui dis oui, c’est situationnel. Évidemment, elle me dit de changer ma situation pour régler mon problème. Ouin, ça faisait plein de sens son affaire. Il me fallait donc être juste un petit peu plus patiente et attendre à Noël. Ce que j’ai fait.

C’est donc avec plein d’espoir que j’ai commencé cette pause, ce changement de situation, en pesant que je redeviendrais moi-même, la fille fonceuse avec 1000 projets en même temps. Bien non, cette Sophie se fait toujours attendre, en ce 12 janvier 2016.

Je dors beaucoup vu que je suis constamment fatiguée et que l’énergie n’est pas au rendez-vous. J’ai perdu cette belle confiance en mes moyens qui me permettaient autrefois d’entreprendre ce que je voulais et de réussir facilement. Je crois que le fait de m’être senti une moins que rien depuis plus d’un an a fait son chemin, jusqu’à ce que je commence à y croire.  Le temps passe, mais c’est pas mal la seule chose qui passe. 

Quand j’y pense, je crois que mon plus grand défi psychologique c'est que je ne suis pas du tout au point où je pensais que je serais à 30 ans — au point de vue de ma carrière. J’ai l’impression de m’être fait avoir. Le système, l’université, mon ordre professionnel, m’a vendu un rêve qui n’en est pas un. Bien sûr, je peux faire ce que je veux, je suis maître de mon futur. Mais l’acceptation de la situation est probablement la première étape que je n’arrive pas à franchir pour le moment. C’est comme un deuil cette situation-là. 

En attendant, je continue à apprendre à vivre au jour de jour, ce qui n’a jamais été dans ma nature. J’aime plutôt avoir un plan de 5 ans devant moi. J’essaie donc de garder mes résolutions : un peu d’exercice, couper le sucre, passer la soie dentaire - des petites victoires remportées chaque jour ou presque. Ensuite, il y a le temps de qualité passé avec la famille et les amis. Ca, ça me fait un réel bien. La suite, on verra. Baby steps comme ils disent en anglais!