Les bullshit jobs

 

Je suis tombée sur excellent article du journal Le Monde, Absurdes et vides de sens, ces jobs d'enfer, grâce à un Like Facebook d’une amie qui partage une opinion très semblable à la mienne sur le monde du travail. La journaliste Lorraine De Foucher y parle des « bullshits jobs », c’est jobs absurdes et vides de sens. Cela a certainement piqué la curiosité de la comptable en moi - qui en a assez de la comptabilité. Donc au lieu de juste le partager, j’ai voulu le commenter.

On y parle d’abord de la vie de Paul Douard, 27 ans :

Bonne école de commerce, embauche dans une agence de communication, tout allait bien. Et là, le bullshit job, “ce métier impossible à définir en une phrase, ou même en moins de cinq minutes”. “Quand j’étais étudiant, l’été, j’étais déménageur et j’adorais ça. Le matin, il y avait une pièce pleine de meubles, le soir elle était vide, j’étais crevé, mais on voyait le camion et la famille partir, et tout ça avait du sens.

Wow, en plein dans le mile Paul ! Je le répète souvent, de tous les emplois que j’ai occupés depuis l’âge de 14-15 ans, ma plus belle expérience a été au McDonald. À Drummondville, le Mcdonald, c’est une école. On y apprend à suivre des protocoles, à parler aux gens et offrir un service à la clientèle, à gérer des conflits et à se responsabiliser. Comme premier emploi, c’est extrêmement formateur. Je me rappelle les fois où un autobus de voyageurs débarquait au restaurant et soudainement, on ne voyait plus le bout de la file. Il fallait alors prendre tous nos talents en termes d’efficacité afin de servir un par un les clients afin de bien exécuter les commandes, le tout rapidement. Le sentiment de fait accompli lorsque la foule était passée me procurait un sentiment d’avoir bien accompli mon travail. Je voyais un début et une fin. Un peu comme Paul et sa job de déménageur.

On cite aussi Jean, 38 ans :

Le matin, quand j’arrive, il y a un ordinateur éteint. Le soir, quand je finis ma journée, c’est à nouveau un ordinateur éteint, ce n’est pas comme un boulanger, ou un charpentier, je n’ai rien fabriqué’.

J’ai trouvé ça drôle de lire ces quelques lignes, car lorsque j’ai écrit mon article ‘La maison’, plusieurs comptables m’ont écrit en me disant qu’ils voulaient tout quitter pour exécuter des emplois plus concrets (flipper des maisons, devenir ébéniste, faire du design intérieur). J’ai même une dame qui m’a raconté avoir envié le métier de son plombier. Décidément, les fichiers Excel ne sont pas suffisants à se sentir utile et accompli.

Dans l’article, on mentionne aussi la théorie de Keynes, qui imaginait l’avènement d’une semaine de 15 heures dans le futur, plutôt que l'habituel 40 heures. Et ce n’est pas une folle idée. Entre les statuts Facebook, les discussions autour de la machine à café, les petites tâches personnelles effectuées durant les heures de travail, les réunions sans valeur ajoutée, il est vrai que le nombre d’heures productives dans une semaine se rapproche probablement plus du 15-20 heures que du 40 heures. Pourtant, on continue à se montrer la face de 9 à 5, et ce 5 jours sur 7 (au minimum).

Finalement, l’article mentionne exactement ce que je ressens depuis quelques années, après avoir terminé avec succès mes études dans une grande école de commerce, en plus d’un diplôme d’études spécialisés, d’un stage et d’un examen professionnel (l’un des plus difficiles au monde) :

On fait de bonnes études avec l’impression qu’on a plein de choses à dire au monde, et on arrive sur le marché du travail dans de grandes sociétés où on est juste un tout petit maillon de la chaîne, avec notre badge, notre petit bureau  ‘open space’ dans la tour immense, et la machine à café comme seul horizon. On se sent un peu arnaqués.’

Arnaqué. Le mot est juste. J’ai effectivement le sentiment de m’être fait avoir. Où est mon fameux hélicoptère ?

Ok, la personne résiliante que je suis ne va pas blâmer la société pour les choix que J’AI faits dans ma vie. Rien ne m’empêchait de faire ma carrière au Mcdo après tout ! Cet article me fait tout de même sentir plus normale. Si Le Monde en parle, c’est que je ne suis pas la seule à me sentir frustrée et pas à ma place. Il reste donc à trouver une job sans bullshit qui me conviendra. Ou encore, me libérer assez de temps pour d’autres tâches et passe-temps qui eux, ne sont pas bullshit. C’est une question d’équilibre, qui peut être difficile parfois à adopter lorsqu’on travaille 50-70 heures par semaine. Ce n’est toutefois pas impossible d’y arriver.

Allez lire l’article si ce sujet vous tient aussi à cœur, ça en vaut vraiment la peine.