L'intuition

 

C’était probablement en secondaire 3 où je suis arrivée à l’heure du midi à la cafétéria et que j’ai annoncé à mes trois meilleures amies du moment mon intention de déménager en Californie. C’était dans les années où les marques de surf Roxy, Billabong, et Quicksilver de ce monde étaient à la mode. Les vidéos de surf m’inspiraient, non pas pour le surf en tant que tel (je n’ai jamais eu beaucoup d’équilibre), mais plutôt pour le mode de vie. Plus spécifiquement, j’avais une attirance pour les palmiers, la plage et le soleil. Moins spécifiquement, j’ai une soudaine obsession pour cet endroit. J’en rêve la nuit, j’y pense chaque jour, j’ai de la difficulté à vraiment expliquer mon rationnel. 

Durant les années qui suivent, je pense au projet d’y déménager, je fais quelques démarches, j’annonce à mes chums du moment "En passant, moi j’habiterai en Californie un jour". Bref, c’est dessiné pour mon futur, je ne sais juste pas quand et comment. Pour certains de mes amis, je radote, j’en parle tellement, mais rien ne se produit. Pourtant, dans ma tête, c’est une certitude. Ça arrivera un jour.

C’est donc en 2011, lorsque les événements s’enchaînent pour provoquer un parfait moment de “c’est maintenant ou jamais”, que je décide de faire le grand saut et de mettre ma vie du moment à pause - job, appartement, chum, amis, famille - pour déménager ma vie - trois valises pleines - à Los Angeles. “Adios, je serai de retour dans deux ans.” - proclamais-je à mon chum du moment, à ma famille et à mes amis.

Je me souviens encore des sentiments ressentis, une fois arrivée à destination, en chemin vers la compagnie de location d’auto. J’étais tellement stressée et en même temps je me sentais tellement libre et accomplie d’avoir fait le grand saut. J’avais trois valises et seulement deux mains, comment allais-je faire pour tout sortir de l’autobus ? Une fois rendue à l’auto, comment allais-je trouver mon chemin, sans cellulaire ou GPS, jusqu’à ma nouvelle demeure ? Ensuite, comment allait se passer la rencontre avec ma nouvelle colocataire, rencontrée sur internet ? Comment allais-je me trouver une carte de crédit, une auto et un cellulaire, sans aucune cote de crédit américain ? Quand arriverait ma carte d’assurance sociale ? Bref, une suite presque sans fin de défis à relever pour être capable de survivre à des milliers de kilomètres de ma zone de confort. 

Quelques semaines après mon arrivée, assise dans le sable à Santa Monica, je me dis: Now what ? Qu’est-ce qui se passe maintenant ? Pourquoi suis-je réellement ici, pourquoi cette obsession pendant toutes ses années ? Je ne connais personne, la job est ok, la même qu’au Québec. La température est géniale, la vue est magnifique, les gens sont intéressants, mais qu’est-ce que je fais ici ? Est-ce que tout ça en valait vraiment la peine ?

Le soir même de cette constatation, s’enchaîne une série d’événements où le chum mentionné plus haut n’est plus et que je me retrouve psychologiquement et physiquement encore plus seule que je l’étais. Tentée de revenir à la maison la queue entre les jambes, je résiste. Je dois comprendre cette obsession et pourquoi j’ai tout quitté pour suivre mon intuition. 

Quelques semaines passent et je fais la rencontre de ce charmant Américain qui représente tout ce que ce projet évoquait pour moi. Il était Californien. Il jouait au basketball. Il parlait anglais. Il était tellement drôle et gentil. Il avait appris à compter jusqu’à 10 en français pour notre première rencontre. Il me donnait des papillons. À mes yeux, il était aussi beau que les vedettes des films américains. Bref, je vivais littéralement à Hollywood, tout en vivant comme dans un film hollywoodien. Cinq ans plus tard, cet homme est toujours dans ma vie et il est mon mari. Au lieu de rester deux ans, j’y suis resté 4 ans. J’y ai vécu des expériences personnelles et professionnelles incroyables. J’ai évité 4 hivers et une multitude de tempêtes de neige. J’ai fait de superbes rencontres et de nouveaux amis. J’ai travaillé pour la compagnie Disney, qui m’a amenée à voyager à travers le monde. Pourtant, lorsque je réfléchi sur cette obsession envers ce coin de pays, je sais que la but ultime d'aller au bout de cette intuition était d'y rencontrer mon mari . C’est un peu comme de la magie, c’était impossible de prédire ce résultat, et encore plus impossible d’expliquer comment cela s’est produit. Aucun rationnel ne pourrait expliquer comment la vie à mis celui-ci sur mon chemin.

Vous comprendrez donc que je vous pousserais avec ardeur à suivre vos intuitions. Encore faut-il les identifier. Il y a une différence entre une intuition et un coup de tête. Visiter un casino et tout miser votre argent sur le rouge est probablement un coup de tête.  S’acheter une maison sans faire les calculs, sans faire d’inspection et de recherches, c’est aussi un coup de tête. Un projet qui revient dans votre tête chaque mois, chaque année, depuis un long moment, fait probablement partie d’une intuition. Si vous étiez multimillionnaire, sans besoin de travailler, que feriez-vous ? Si un génie vous accordait 3 vœux, quels seraient-ils ? Si vous pouviez cliquer des doigts et voir un projet exécuté sans avoir à n’y mettre aucun effort, quel serait-il ? Répondre à ces questions devrait vous mettre sur la bonne voie pour trouver ces passions - intuitions - projets qui dorment en vous.

Ce qui fait la distinction entre le rêve et la réalité c’est de passer à l’action. Ces intuitions ou grands projets de vie sont souvent épeurants, car pour vraiment faire une différence, il faudra sortir de sa zone de confort. Il devra y avoir des démarches, que ça soit des démarches légales, administratives, psychologiques ou physiques. Ça ne sera pas facile, je vous le dis tout de suite. Mais si cela vous amenait à une meilleure vie ? À une meilleure version de vous-même ? S’il était possible d’être plus heureux que vous le soyez maintenant ?

Lorsque vous trouvez, prenez une feuille et indiquez toutes les étapes nécessaires pour y arriver, même les plus petites étapes qui vous semblent futiles. N’oubliez rien. Une fois cette liste terminée, attaquez-vous à une des tâches chaque jour/chaque semaine/chaque mois. Tranquillement, vous verrez les barrières de moins en moins hautes, et la plausibilité du projet deviendra de plus en plus grande.

Ça ne coûte rien de l'essayer n'est-ce pas?